En mangeant, j’écoutais l’horloge, – heureux et coi.
La cuisine s’ouvrit avec une bouffée,
– Et la servante vint, je ne sais pas pourquoi,
Fichu moitié défait, malinement coifféeExtrait du poème La Maline, de Arthur RIMBAUD
–

J’ai rencontré Carol il y 5 ans, lorsque moi-même je baignais dans l’univers de l’artisanat et dans les petites boutiques, avec mes différentes créations en crochet et en linogravure.
Quel doux souvenir que de me remémorer l’odeur de ses savons qui imprégnait les murs de la boutique que l’on partageait !
J’ai eu le plaisir de retrouver toute cette volupté, il y a quelques jours, lorsqu’elle m’a ouvert les portes de sa maison et de son laboratoire, situé dans le Périgord Vert à Paussac-et-Saint-Vivien, pas très loin de Bourdeilles et de Brantôme.
Carol LASSAUX est savonnière depuis 2020, mais a eu un parcours atypique avant de parvenir à ce métier, qui ne lui était pas forcément prédestiné au départ.
Par le passé, elle a notamment travaillé en tant qu’esthéticienne, commerciale, secrétaire, secrétaire commerciale, et dans le recrutement au sein d’agences intérimaires.
Mariée à un proviseur de lycée français à l’étranger, elle a beaucoup voyagé. Elle a ainsi vécu 5 ans au Maroc, où elle faisait partie d’une association humanitaire, et 5 ans en Mauritanie. Durant ces 5 dernières années, elle a exercé aux côtés de son mari, d’abord en tant que secrétaire directrice de l’école primaire, puis en tant que secrétaire de direction, en charge du recrutement des expatriés, mais aussi des résidents.
« Ça a été le meilleur poste de ma carrière. Cinq années géniales, dans un pays vraiment chouette ! », explique-t-elle, des étoiles plein les yeux.
Retour en France
C’est durant cette période qu’elle et son mari font l’acquisition de la maison qu’ils habitent aujourd’hui, puisqu’à la fin de ces 10 ans à l’étranger, son mari devait obligatoirement revenir en France.
Nous souhaitions habiter sous le soleil… le Périgord Vert a été une évidence. C’est une région vallonée, verte, et avec des forêts, qui nous rappelle beaucoup nos Ardennes natales.
Après ce retour en France, Carol fait la rencontre de Peggy, une savonnière de Normandie. Elle a de suite éprouvée une grande admiration pour ce travail manuel, et a fait le lien avec la peau, concernant son précédent parcours d’esthéticienne.
« Nous avions cette dépendance qui nous permettait de faire un laboratoire aux normes, et je suis partie faire la formation à l’UESS (Université Européenne des Saveurs et des Senteurs) afin d’obtenir mon attestation de savonnier. »
Une formation qui s’est avérée très intense, notamment au regard de tout ce qui concerne la réglementation, une facette administrative importante dans ce travail.

La saponification à froid
Carol fabrique donc des savons faits-mains, par saponification à froid. Un terme pouvant sembler très barbare, qu’elle a pourtant su m’expliquer très clairement :
C’est un procédé ancestral. Comme son nom l’indique, on utilise des huiles qui sont à température ambiante et qui gardent donc vraiment toutes leurs propriétés. On ne fait fondre que le karité et le coco, à basse température, car ce sont des produits solides.
Les huiles sont mélangées avec la base : la lessive de soude.



Il faut rassurer souvent les gens, parce que le terme peut faire peur, il n’y a bien sûr plus de soude à la fin. C’est ce qui nous permet, après mélange, de créer le savon et donc la glycérine (ce qui est doux pour la peau).
C’est une méthode plus longue que la saponification à chaud, puisque les savons partent en cure pendant 4 à 6 semaines, dans une salle spécifique, noire, avec degré hygrométrie constant. C’est pendant ce temps de séchage que les savons vont perdre toute leur eau et qu’il ne restera plus que la glycérine.
« Mes savons sont surgraissés à hauteur de 8%, donc ils sont ultra doux pour la peau. Ils protègent le film hydrolipidique qui peut être agressé par le vent, le soleil… etc. »
Par ailleurs, elle attire notre attention sur le fait que l’hydratation de la peau à proprement parlé ne se fait que par l’intérieur, par ce qu’on mange et l’eau que l’on boit. On ne peut pas hydrater toutes les couches successives de la peau par l’extérieur, mais ses savons permettent de rééquilibrer et réparer le film hydrolipidique.

Le Savon Ivre – Fragrances et poésie
Carol a un univers bien à elle, qu’elle a puisé lors de sa vie à l’étranger.

L’ivresse, c’est le dérèglement de tous les sens. – Arthur Rimbaud
« Le Savon Ivre. Arthur Rimbaud… C’est venu comme ça ! Il est né à Charleville-Mézières, comme moi, et a beaucoup voyagé lui aussi. L’année dernière, je suis d’ailleurs allée sur ses traces, en Ethiopie ! »
Elle ajoute : « Quand un client en face de moi, sent un savon, et me dit « Ca me rappelle un souvenir ! » ou « Ca me fait partir ! »… Waouh, j’ai gagné. Pour moi c‘est important qu’un cosmétique te déclenche une émotion, te fasse du bien. »
Des émotions, elle en a avec tous ses savons… mais elle m’a confié le nom de son petit préféré : le dormeur du breuil (Le Maroc en poche, avec la fleur d’oranger, le rhassoul, l’huile d’argan).
Le nom de tous ses savons a d’ailleurs toujours un lien avec le poète ou la poésie : Le Pré Vert, La Maline, Le Bateau Ivre, Le Cœur Volé, L’Azur Noir… Et je vous invite à découvrir chaque composition directement sur son site internet.
Quels sont les prochains projets ?
Ce ne sont pas les projets de Carol qui manquent ! Elle travaille sur un baume pour le corps, une chantilly de karité, et un baume à lèvres, qui sortira en 2025. Mais elle travaille surtout sur un projet de shampoing solide avec Nadège LABOUR, de La Savonnerie Nala. Une collaboration qui la rend très fière :
Aujourd’hui amies, on s’entraide régulièrement dans nos différents projets. La fabrication de ce shampoing solide sera la même, ce sont le parfum ou l’argile utilisés qui pourront différer. C’est d’ailleurs Nadège qui a trouvé un tensioactif d’origine naturelle qu’on essaye tant bien que mal de dompter !
Carol entend également faire connaître son activité par le biais d’ateliers qu’elle souhaite organiser dans son laboratoire. Elle réalise également des savons personnalisés pour des gites et des chambres d’hôtes, ou pour des mariages.
Essentiellement en vente sur son site internet, mais aussi dans différents points de vente : halle de Saint Astier en période de fêtes ou période estivale, Mareuil, Tocane, Périgueux, Agonac, Brantôme… ses savons et son univers poétique ne vous laisseront certainement pas indifférents… !
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Bérénice BASOUYAUX
Ce qui anime profondément Bérénice, c’est le contact humain et le bien-être des personnes. C’est ce fil conducteur qui l’a menée naturellement vers sa reconversion : la réflexologie.
